Une lumière dans ma nuit (28 juin 2016)

Éléments imposés : un papillon de nuit neurasthénique – une lampe de 60 Watts – la colère – l’enfermement  
 
 

EXT / BORD DE RIVIERE / NUIT

 

Un méandre bucolique d’une petite rivière. Le chant des grillons concurrence celui des grenouilles.

Au loin, le soleil descend lentement sur l’horizon.

ROLAND, un papillon de nuit, vole le plus vite qu’il peut en direction des dernières lueurs du jour. Il a les larmes aux yeux.

Épuisé, inconsolable, il s’arrête sur une fleur endormie.

 

 

ROLAND

Et je t’emmerde aussi connard.

 

Il s’effondre , pris de sanglots.

 

 

ROLAND

Pourquoi tu me fais ça tout le temps ?

 

Désabusé, Roland reprend son vol, errant dans la pénombre. Sur son passage, il allonge de violents coups aux différentes plantes qui ont le malheur de se trouver sur son passage.

 

Roland s’arrête. Il sèche ses larmes et se frotte les yeux. Au loin, une lueur ponctuelle se détache des ténèbres. Roland déglutit, et se met à voler tête baissée vers elle.

 

Il s’approche, de plus en plus vite.

 

 

JEANNE (OFF – alarmée)

Arrête ! C’est un piège !

 

INT / LAMPE

 

Roland est ébloui, sa vision revient progressivement. Il est maintenant prisonnier d’une lampe de camping de 60 Watts, entre le capuchon et l’ampoule. Autour de lui de nombreux insectes de diverses espèces sont déjà prisonniers. Parmi eux, des moustiques surexcités, des mouches apathiques, des moucherons…

 

JEANNE (OFF)

Pourquoi tu n’as pas écouté ?

 

Roland sursaute. A ses côtés se trouve JEANNE, une femelle papillon de nuit de son espèce.

 

 

ROLAND (surpris)

Jeanne ? Mais comment…

 

 

JEANNE

Comment ? Tu demandes comment !

Roland tu ne changeras jamais.

 

ROLAND (observant autour d’eux)

Tu n’es pas avec Claude ?

 

Jeanne hoche la tête, se détournant de la lumière éblouissante. Autour d’eux les insectes s’agitent. Par transparence à travers le capuchon de la lampe, se distinguent vaguement les silhouettes de quelques campeurs. Leurs gestes sont lents, leurs voix sont graves et inintelligibles.

 

 

JEANNE (s’énervant)

Claude, Claude, tu ne vas pas me faire une crise pour Claude quand-même ! On est des papillons, on ne vit que quelques nuits, tu crois que c’est avec des crises de jalousie qu’on va perpétuer l’espèce ?

 

ROLAND

Mais je m’en fous de l’espèce !

 

 

Il se met à pleurer, se détourne de Jeanne et se retrouver à nouveau ébloui par l’ampoule de 60 Watts. Il fixe l’ampoule, les yeux vides.

 

ROLAND (apathique)

J’y vois rien. C’est peut-être mieux comme ça. TE voir avec Maurice, puis avec Jacques, puis Michel, déjà c’était dur… Mais (incrédule) avec Claude ?

(énervé)

Sans déconner ! Claude ?

Non mais quoi ?

 

Autour de la lampe des insectes tournoient.

 

JEANNE

Arrête un peu. On ferait mieux de trouver comment sortir d’ici.

 

 

ROLAND

Cherche si tu veux, moi je reste.

JEANNE

Mais tu vas mourir !

 

ROLAND

Ça sera toujours mieux que vivre sans toi.

 

JEANNE

Rhaaa ! Pourquoi tu dramatises tout ?

 

A l’extérieur, un papillon tournoient, s’approchant de la lampe. Roland et Jeanne le suivent des yeux.

 

 

JEANNE

Arrête, c’est un piège !

 

Le papillon entre quand-même, se cogne à l’ampoule, et reste étourdi.

JEANNE ET ROLAND

Claude ?

 

Roland se retient de coller son poing dans la figure de Claude. Il le regarde avec mépris.

Jeanne se penche sur le nouvel arrivant.

 

 

JEANNE (attentionnée)

Claude ! Claude réponds-moi. Tu as mal ? Tu me reconnais ? Claude, c’est moi, Jeanne.

 

Roland se crispe de plus en plus au fil des paroles de Jeanne.

 

ROLAND (explosant)

Non mais tu vas arrêter de te la jouer Roméo et Juliette avec ton jeune premier à deux balles ?

 

Jeanne fait aussitôt volte-face.

 

 

JEANNE

Toi le sans-cœur, on ne t’a pas sonné.

 

 

ROLAND (en colère)

Comment ? Moi sans-cœur ? Ah, c’est sur que je ne tombe pas en extase toutes les 24 secondes d’un type différent.

Je sais gérer mon stock de phéromones.

 

 

Jeanne le gifle avec force.

 

 

JEANNE

Goujat !

ROLAND

Ah toi la traînée, tu vas voir !

 

Roland attrape fermement Jeanne par une aile et la pousse violemment devant lui.

 

Claude reprend ses esprits. Voyant Roland malmener Jeanne, il s’interpose.

 

CLAUDE

Roland, ça va pas non ?

 

 

ROLAND

Oh toi, ta gueule !

 

Roland s’en prend aussitôt à Claude et lui décoche une droite d’anthologie. Sous la violence du choc, Claude heurte la paroi de la lampe. Les insectes prisonniers se remettent tous à s’agiter de plus belle, tandis que les trois papillons s’invectivent.

 

JEANNE ( à Roland)

Pauvre malade ! Minable. Jaloux pathétique !

 

 

ROLAND

Bande de… de… pervers échangistes !

 

 

(à suivre)

 

 

 

 

Gildas JAFFRENNOU – Luc RÉMON – Albert HOUCQ

 

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