Jouer avec les codes narratifs

Le concept de narration est implicitement distancié du réel. Pour raconter une histoire, il faut qu’elle ait eu lieu, ou bien que quelqu’un l’ait préalablement imaginée.

Dans un cas comme dans l’autre, la disjonction du temps narratif d’avec le temps de notre réalité vécue constitue un des fondements de la convention fictionnelle.

Il suffit d’induire pour le spectateur le mélange de ces temporalités pour le plonger dans la confusion de la fiction et de la réalité.

L’exemple le plus célèbre de ce phénomène est certainement la diffusion par Orson WELLES de l’adaptation radiophonique de La guerre des Mondes de H.G. WELLS en 1938. Ce récit de l’invasion de la Terre par des envahisseurs martiens a depuis fait l’objet de très nombreuses adaptations cinématographiques. En 1938 WELLES a l’idée de donner à sa dramatique les caractéristiques d’une émission de radio ordinaire.  Et du coup, certains auditeurs y ont cru. Vraiment cru.

Cette expérience permet d’identifier d’autres codes inhérents à la Fiction Radiophonique :

– décalage de temporalité. Une fiction se rapporte toujours à un récit se déroulant dans un autre temps que le présent du spectateur.

– micro extradiégétique : dans un reportage, le micro fait partie du monde qu’il enregistre, alors qu’en fiction radiophonique,  le micro est toujours extra-diégétique.

– décalage matériel d’avec le réel : si un reporter vous décrit une attaque extra-terrestre sur New-York, votre propre expérience vous dit que ce n’est pas vrai.

– annonce du dispositif fictionnel : cela consiste simplement à informer l’auditeur que ce qu’il écoute est une fiction.

Prendre ces codes à contre-pied peut se faire à la radio, mais aussi au cinéma. C’est par exemple la posture choisie par Peter WATKINS dans plusieurs de ses films. Citons La Bataille de Culloden (1964), ou La Bombe (1965).

D’autres films aux apparence de documentaire parviennent à cacher leur jeu presque jusqu’au bout, au point d’installer parfois dans la tête des spectateurs trop passifs des idées absolument fausses.

Dans le Kit de survie du Scénariste, plusieurs exemples sont analysés en détail :

– Comment William Karel et son équipe ont-ils réussi à faire croire, à l’occasion du premier avril 2002, que les américains n’ont jamais été sur la Lune ? (Opération Lune– 2002)

– Comment Peter Jackson a-t-il mystifié le monde du cinéma en racontant l’histoire d’un certain cinéaste nommé Colin McKenzie ? (Forgotten Silver – 2000)

Est également abordée la façon dont les nouvelles technologies permettent de mêler des images réelles (archives, reportages) à des images créées de toutes pièces pour donner aux fictions les apparences de la réalité… et parfois pour réécrire la réalité d’une manière fictionnelle.

Enfin, une importante partie est consacrée à l’usage de certaines techniques du scénario dans différents médias, aux fins de manipulation de l’opinion.

© 2015 – Gildas Jaffrennou

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Tout ça est dans Le Kit de survie du scénariste


Editions Lettmotif 

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